Fleurs (pots de)

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Jeudi 8 mai 2008

A vrai dire, je ne suis pas encore tout à fait décidé à entreprendre cette publica­tion. Les hommes ont des goûts si différents ; leur humeur est parfois si fâcheuse, leur caractère si difficile, leurs jugements si faux qu'il est plus sage de s'en accommoder pour en rire que de se ronger de soucis à seule fin de publier un écrit capable de servir ou de plaire, alors qu'il sera mal reçu et lu avec ennui. La plupart des gens ignorent les lettres; beaucoup les méprisent. Un barbare rejette comme abrupt tout ce qui n'est pas franchement barbare. Les demi-savants méprisent comme vulgaire tout ce qui n'abonde pas en termes oubliés. Il en est qui n'aiment que l'ancien. Les plus nombreux ne se plaisent qu'à leurs propres ouvrages. L'un est si austère qu'il n'admet aucune plaisanterie; un autre a si peu d'esprit qu'il ne supporte aucun badinage. Il en est de si fermés à toute ironie qu'un persiflage les fait fuir, comme un homme mordu par un chien enragé quand il voit de l'eau. D'autres sont capricieux au point que, debout, ils cessent de louer ce qu'assis ils ont approuvé. D'autres tiennent leurs assises dans les cabarets et, entre deux pots, décident du talent des auteurs, prononçant péremptoirement condamnation au gré de leur humeur, ébouriffant les écrits d'un auteur comme pour lui arracher les cheveux un à un, tandis qu'eux-mêmes sont bien tranquillement à l'abri des flèches, les bons apôtres, tondus et rasés comme des lutteurs pour ne pas laisser un poil en prise à l'adversaire. Il en est encore de si malgracieux qu'ils trouvent un grand plaisir à lire une œuvre sans en savoir plus de gré à l'auteur, semblables à ces invités sans éducation qui, généreusement traités à une table abondante, s'en retournent rassasiés sans un mot de remerciement pour l'hôte. Et va maintenant préparer à tes frais un banquet pour des hommes au palais si exigeant, aux goûts si différents, doués d'autant de mémoire et de reconnaissance!  

Thomas MORE, L’Utopie, « Préface » (traduction de Victor Stouvenel, 1842).     

Ndlr : ces portraits  me rappellent  mon correspondant téléphonique de hier soir...

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Vendredi 14 mars 2008
La suite de la lecture en ligne des Aveux de saint Augustin par François Reality dans une traduction de Frédéric Boyer, Livre IV (20). 
Les Aveux
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Jeudi 13 mars 2008

Régis Debray invité de Frédéric Taddéï à Ce soir (ou jamais !) sur France 3

 

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Mercredi 12 mars 2008

Krishna-copie-1.jpgNormalienne, brillante agrégée de philosophie, militante syndicaliste révolutionnaire, Simone Weil (1909-1943), fut chassée de l’enseignement par la loi du 4 octobre 1940 laquelle entre autre excluait les juifs de la fonction publique. Exilée en Ardèche elle est accueillie par le philosophe catholique Gustave Thibon, ami du Père Perrin, le dominicain aveugle qui joua un rôle important dans l’évolution spirituelle de Simone Weil. Les deux extraits ci-dessous proviennent de lettres adressées à Simone Pétrement, ami de la philosophe.   
 « Il est très probable, quoique non certain, que d’Ardèche j’irai passer quelques jours avec eux [ndr : les parents de Simone Weil en route d’exil pour le Poët]. Je me transforme – si Krishna veut bien – en ouvrière agricole ou domestique de ferme cet automne. Pendant août, je me prépare à cette transformation. »   Lettre du 7 août 1941.
« Ta comparaison avec Vishnou est tout à fait à propos, puisque, étant incarné en Krishna, il a été bouvier ; et il y a le vers que voici sur Krishna dans un texte sanskrit : ‘Bien-aimé, lui disaient les gardeuses de vaches ; enfant, lui disaient les vieillards ; souverain maître, lui disaient les dieux.’ Ainsi, comme une fille de ferme, j’aurai le droit de le nommer bien-aimé ; il m’est doux de le penser. » Lettre du 7 septembre 1941. 

 
Simone Pétrement, La vie de Simone Weil, 1934-1943, Fayard, 1978.
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