« En entrant à 5h10 dans une chapelle du Quartier Latin de Paris pour rencontrer un ami, j’en suis sorti cinq minutes plus tard en compagnie d’une amitié qui n’était pas de
ce monde. En entrant j’étais sceptique et athée, mais plus encore indifférent et préoccupé par bien d’autres choses que par un Dieu que je ne cherchais même plus à nier... Debout, devant la
porte, je cherchais des yeux mon ami sans arriver à le reconnaître... mon regard passait de l’ombre à la lumière...des fidèles aux religieuses, à l’autel... Il s’arrêta sur la deuxième bougie qui
brûlait à gauche de la Croix (j’ignorais de me trouver en face du Saint Sacrement). Et voilà que tout à coup se déchaînent une série de prodiges d’une violence inépuisable qui vont démolir en un
instant l’être absurde que je suis, pour faire naître le garçon stupéfié que je n’ai jamais été... D’abord je me sentis souffler ces mots “Vie Spirituelle”... comme s’ils étaient prononcés à voix
basse... puis une grande lumière... un monde, un autre monde d’une splendeur et d’une richesse qui, du coup, renvoient le nôtre parmi les ombres
fragiles des rêves non réalisés... l’évidence de Dieu... duquel je sens toute la douceur... une douceur active, bouleversante, bien au-delà de la violence, capable de briser la pierre la plus
dure et plus dure que la pierre, le coeur humain. Son irruption débordante et totale s’accompagnait de la joyeuse allégresse de celui qui est sauvé
d’un naufrage juste à temps. Ces sensations que j’ai de la peine à traduire dans un langage inadapté aux idées et aux images, se suivent en même temps... Tout est dominé par la présence de Celui
dont je ne pourrai plus jamais écrire le nom sans avoir la crainte de blesser sa tendresse. Celui devant qui j’ai la chance d’être un fils pardonné qui se réveille pour apprendre que tout est
don. »
« Dieu existe et il était présent, révélé, caché par cette lumière qui sans discours ni images faisait comprendre l’Amour... Une seule chose me surprend : l’Eucharistie. J’étais stupéfait que la charité divine ait trouvé ce moyen inouï pour communiquer et surtout qu’il ait choisi le pain pour le faire. Le pain qui est l’aliment du pauvre et celui préféré des enfants... ».
Ndlr : Malheureusement le site Internet de Foussemagne, village paternel d'André Frossard, s'il consacre un article au père d'André, Ludovic-Oscar, qui fut le premier Secrétaire Général du PCF en 1920, il ne fait pas mention de son fils André Frossard… Quid ?




« Tout cela est bien beau… Mais ne faut-il pas compter avec le fait que l’homme moderne n’est plus guère
capable de comprendre qu’il faille se tourner vers l’Orient pour prier ? Le soleil levant n’a plus pour lui la force symbolique qu’il avait pour l’homme de l’Antiquité et qu’il conserve,
aujourd’hui encore, pour le Méditerranéen, qui perçoit le soleil beaucoup plus intensément que nous, «hommes du nord». Pour les chrétiens d’aujourd’hui, c’est quand même la communauté de table
eucharistique qui prime.

