Devant la souffrance humaine, la raison semble vaciller. La souffrance d’un être humain mobilise notre émotion au point qu’entre le silence de l’impuissance et la révolte de la sensibilité, nous ne savons plus que penser. Ce paradoxe est amplifié par la médiatisation des situations extrêmes. L’information devient manipulation des esprits. Il importe de se donner quelques repères de réflexion.
Nous percevons mieux aujourd’hui le scandale de la douleur persistante et nous ne pouvons plus accepter qu’elle ne soit pas prise en compte. La question devient d’autant plus urgente lorsque la médecine (qui a ses limites !) reconnaît qu’elle ne peut plus guérir quelqu’un. Se trouve posée la légitime question du non acharnement thérapeutique qu’a reconnu la Loi Léonetti (22 avril 2005). Ce non acharnement ne conduit pas à abandonner le malade à son sort. Il ne peut être envisagé que dans le cadre d’une prise en charge plus globale en termes de soins palliatifs. Nous parlons beaucoup de ces soins d’accompagnement sans toujours prendre la mesure de l’implication nécessaire de l’entourage du malade. Prendre soin suppose de mettre le malade au cœur du dispositif. Il ne s’agit pas de le « laisser mourir », mais de l’accompagner jusqu’au dernier souffle.
Il serait trop facile de constater l’indignité du malade en fin de vie. La dignité ne se perd pas dans des conditions difficiles d’existence. La dignité est intrinsèque à l’homme, en temps que créature (pour nous chrétiens, à l’image de Dieu). La tradition biblique (Deutéronome 30) nous invite à choisir la vie en toutes circonstances. Choisir la vie pour soi et pour les autres. Voilà bien l’enjeu de la prévention du suicide chez les adolescents comme chez les personnes âgées. Certains sophistes voudraient nous faire croire que la liberté de choisir sa mort est la dernière liberté fondamentale ! Certains vont même jusqu’à dire que l’euthanasie est une thérapie ( !) et que la grandeur de l’homme est de pouvoir refuser la souffrance.
Ce glissement insidieux entre combat (légitime) contre la douleur et refus de la souffrance doit être dénoncé. Car la souffrance (qu’elle soit liée à une douleur physique ou non) témoigne de la profondeur du mystère humain. Elle est à entendre, à accompagner. Nous avons déjà tellement tendance à faire taire les souffrances pour pouvoir continuer à rire de tout…
Derrière les souffrances (et douleurs) atroces de quelques uns, qui ne peuvent que nous émouvoir, il y a toutes les souffrances des personnes âgées, des malades chroniques en fin de vie, des victimes polytraumatisées des accidents de la route. Le véritable humanisme n’est pas de leur laisser le choix de « mourir dignement à son heure, selon son style ». Il faut dénoncer l’énorme impact médiatique de l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité). L’association créée en 1980 est désormais présidée par Jean-Luc Roméro, ancien secrétaire national de l’UMP. Elle est présente dans un grand nombre de conseils d’administration des hôpitaux au titre de la représentation des usagers ( !) grâce à Xavier Bertrand (alors ministre de la santé). Elle est un des lieux de combat de certains qui souhaitent obtenir rapidement, soit une loi sur l’euthanasie, sur le modèle de la loi belge du 22 août 2002, soit une loi sur le suicide assisté sur le modèle de la loi suisse. Une tribune du Figaro du 20 mars 2008 titrait : « Mourir dignement : ce droit de l’homme encore à conquérir ». Voilà bien l’illustration de la perversion du langage qui sous prétexte de compassion peut conduire à la transgression de principes sacrés.
Père Jean-Marie ONFRAY
Délégué diocésain à la Pastorale de la Santé
Source : site du diocèse catholique de Tours
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